Nouveau Théatre Anglais

En Chute
(titre provisoire)

Historique

Jadis

En 1994, le Playwrights’ Workshop de Montréal organisa une première lecture/atelier de la pièce The Fall de Thomas Morison. Celle-ci eut lieu, un soir de février, sous ma direction et avec la participation de Pol Pelletier (Nathalie), Guy Nadon (Marou) et Jean Turcotte (Hump).

Fut-ce à cause de la progression particulière des épisodes? du rythme? ou de l’emportement verbo-moteur des personnages? ou, encore, la concentration des interprètes appelés à manipuler une langue n’étant pas tout à fait la leur? Quoiqu’il en soit, The Fall — dont le texte nous était tous d’abord apparu un peu hirsute et cahoteux — se révélait, en fait, une machine dramatique étonnante et achevée. Il fallait voir la Nathalie capricieuse et enragée de Pol Pelletier face au Marou de Nadon, attentif mais de glace, pendant que circulait aux alentours le sybarite nonchalant qu’incarnait Jean Turcotte. Tout au travers The Fall on sentait, comme l’a ensuite si bien dit Nadon, « l’énergie extatique d’une chute spiralante dans le vide ». Cette lecture rythmée, quasi-improvisée, demeure pour l’auteur et moi-même un de nos plus beaux souvenirs de théâtre.

TradLire En Chute

Presque dix ans plus tard, voilà que se dessine une nouvelle (re)lecture de The Fall inspirée cette fois des rapports entre le texte original et la traduction de George Krump. Notre défi étant d’exploiter les vicissitudes des diverses versions du texte menant de The Fall à EN CHUTE sans jamais rien sacrifier de la grande forme de la pièce et –surtout– sans jamais en réduire le rythme. Il s’agissait presque pour nous de (re)créer cette impression d’œuvre ouverte en laquelle (un peu à la manière des trois comédiens de jadis) des parcours pourtant bien distincts se croisent et s’entrecroisent sur le vif pour former un tout inattendu et surprenant.

Analyse graphique de EN CHUTE

Figure 1 : analyse des entrées et sorties et des éléments sonores

À partir de l’analyse préalable des structures, des durées, et des stratégies de The Fall / EN CHUTE [FIG. 1] nous comptions créer trois chemins: celui du jeu (ou du texte), celui de l’éclairage (ou de l’espace), celui de la musique (ou du temps). Trois performances autonomes, développées indépendamment les unes des autres, dont la combinaison (et les possibilités de rencontre et de re-combinaison sur le vif) opèrerait, en fait, une véritable mise en abîme de la pièce.

La première version envisagée, intitulée TradLire En Chute, fut d’abord conçue pour le Théâtre La Chapelle. Une salle que privilégiait notre scénographe/éclairagiste Andrew Calamatas (puisqu’il en est le directeur technique) et où le NTA avait d’ailleurs monté sa toute première production, Still Once, mise en scène par Michael Springate et à laquelle participaient aussi le comédien Harry Standjofski et le concepteur sonore Stéphane Volet.

figure 2 : scénographie proposée vue du public

Figure 2 : scénographie proposée pour le Théâtre La Chapelle, vue du public

La première version d’EN CHUTE se voulait en fait une mise en lecture très élaborée (un peu à la manière du Wooster Group de New York) : une aire de jeu dégagée fournissant à l’éclairagiste des surfaces de projection (englobant également le public). Du côté de la conception sonore, le Théâtre La Chapelle possédant un vieux piano droit, Stéphane Volet pensait en faire bon usage et c’est alors que la pianiste Brigitte Poulin s’est jointe au groupe. Malheureusement, la saison du Théâtre La Chapelle étant complète, nous dûmes abandonner cette version du spectacle. [Figs. 2 & 3, EN CHUTE version La Chapelle]

figure 3 : scénographie proposée vue de la scène

Figure 3 : scénographie proposée pour le Théâtre La Chapelle, vue de la scène

Nous étions sur le point d’élaborer une version beaucoup plus réduite que la précédente (voire même de chambre) pour l’Espace Geordie, quand Olga Claing de l’Espace Libre (qu’Andrew avait approché antérieurement) nous avertit qu’un bloc de temps s’était libéré chez-eux. Elsa Bolan reconnaissant que l’occasion était trop belle pour notre jeune compagnie nous libéra très gracieusement de notre engagement avec Geordie. Et c’est alors que s’engagea en bonne et due forme le travail sur EN CHUTE [titre provisoire].

Stéphane Zarov
Août 2003 — Janvier 2004

ESPACE LIBRE
30 mars au 10 avril 2004